Même après avoir flâné dans la mystérieuse Tanger, ouvert grand la bouche face au patrimoine de Meknès, retrouvé la sortie de l’immense labyrinthe de Fès, fait des grimaces aux singes du Moyen Atlas et pris du bleu plein les yeux à Chefchaouen… l’étape à Tétouan restera notre préférée de ce nouveau voyage au Maroc. C’est dit !
Laissez-nous vous présenter cette ville si sympathique que nous y avons prolongé notre séjour d’une cinquième nuit.

La médina verte et blanche de Tétouan
Cela commence de façon assez classique. Un bus, de belles montagnes en approchant, un logement au cœur de la médina, un hôte qui vient nous chercher à la porte la plus proche pour éviter que nous nous perdions trente-cinq fois… vous connaissez la chanson.
Et puis, nous voilà livrés à notre sort.

Dans cette médina badigeonnée d’hectolitres de chaux bien blanche, deux touches architecturales reviennent sans cesse : les menuiseries vertes et les arches. Elles sont partout !



Notre fond de médina, si calme, semble habité par plus de chats que d’humains. Nous nous mettons en quête de l’animation, que nous débusquons de l’autre côté du labyrinthe, avec un souk pour épicentre.




La plus grande partie de ses ruelles déborde de nourriture, et cela nous intéresse au plus haut point puisque notre logement est équipé d’une cuisine.
Peu habitués aux touristes, les Tétouanais sont INCROYABLEMENT sympathiques avec nous. Les commerçants, sociables et drôles, ne se contentent pas de nous servir leurs meilleurs légumes, ils nous arrosent de cadeaux. En échange, nous redoublons d’efforts pour apprendre le marocain.






Avec notre maigre vocabulaire, la discussion dépasse rarement vingt secondes, c’est alors notre espagnol qui complète. Et oui, comme Chefchaouen et Sidi Ifni, Tétouan a connu une période sous « protectorat » espagnol. Heureusement, nous avons révisé un peu d’español en route, lors de nos étapes andalouses.

Qui dit cuisine équipée, au Maroc, dit plat à tajine. Notre première tentative s’avère très réussie. Et n’allez pas imaginer que c’est la chance du débutant, nos deuxième et troisième tout pareil !

Et puisqu’il s’agit de notre dernière étape au Maroc avant un ferry retour Tanger-Marseille, nous décidons d’alourdir nos bagages d’un beau plat à tajine. Les boutiques de souvenirs se comptent sur les doigts d’une main à Tétouan, en revanche les artisans sont bien là.


La cocotte de terre, peinte et émaillée nous coûte 50 dirhams sans négociation aucune, alors que vingt minutes de marchandage acharné ne l’auraient pas descendue à moins de 150d à Fès ou Marrakech. Avis donc aux amateurs de tapis, sacs à main, théières et… à peu près tout ce qui se vend.

Dans un autre bout du dédale, nous toquons à la porte du Dar El Oddi (30 dirhams). Il s’agit d’une très belle maison, impeccablement restaurée, organisée autour d’une cour intérieure. Par abus de langage, nous avons tendance à appeler cela un riad, or riad signifie jardin.

N’abusons donc pas du langage, c’est bien un dar. D’ailleurs, ses pièces abritent une belle exposition de dessins, peintures et photos de Tétouan qui vous attendent dare-dare.

Vue depuis le toit-terrasse du dar
Pour contenir les médinas et éviter qu’elles ne débordent, toutes celles du Maroc étaient ceintes d’épais remparts. Si vous voulez profiter de ceux de Tétouan, nous vous conseillons de vous diriger (à la boussole) vers sa bordure sud. Le café Borj El Hafa a la bonne idée de poser ses tables carrément sur les murailles. Rien de mieux pour profiter du soleil baissant avec vue sur les montagnes.


En parlant de montagne, notre voisin de terrasse nous en offre une, constituée de churros. Les Tétouanais sont en train de redéfinir le mot accueil sous nos yeux, plus ou moins gros que le ventre.

Pour digérer tout cela, rien de tel qu’une mini balade dans les ruelles alentour, étonnamment teintées de bleu ou de rouge.



Une large ouverture, dans cette muraille de cinq kilomètres, donne sur le Palais Royal. Un jardin public faisait autrefois le bonheur des habitants juste devant, remplacé par une grande place que la police barricade.

Sur les hauteurs de Tétouan : kasbah et cimetière
Une autre brèche dans les remparts, beaucoup plus sympathique, tombe face à une place véritablement piétonne, appelée parc Feddan. En journée, quelques palmiers peinent à l’ombrager, mais elle reprend vie lorsque le soleil baisse : jeux de ballons, bambins en tricycles, femmes qui se serrent sur les petits bancs pour discuter…


Elle dévoile surtout l’une des plus belles vues sur la médina de Tétouan qui, blanche comme l’écume, dévale en une gracieuse cascade et nous inonde de sa… STOOOOP ! C’est un blog voyage ici, pas un concours de poésie !
Bon, donc regardez, c’est beau :

Et ça, c’est la vue inversée :

Nous visons ensuite la kasbah de Tétouan, qui s’impose en surplomb du tissu urbain. Ses finitions de style arabo-andalou s’avèrent être des adjonctions tardives de l’époque espagnole. Celles-ci n’occultent guère entièrement les structures originelles, bâties sous les ordres d’Ali al-Mandri entre 1483 et… STOOOOP ! C’est quoi ça ? Une thèse sur les influences ibéro-maghrébines en contexte fortifié ?
Retenez juste que la kasbah est fermée pour rénovation depuis quelques années et devrait rouvrir… un jour. Grimpez quand même, cela vaut le coup, notamment pour découvrir une nouvelle collection de ruelles colorées.



Autre raison de grimper sur la colline : redescendre par l’impressionnant cimetière, avec vue sur la médina et toujours ces montagnes en arrière-plan. Aaaah… nous ne nous en lassons pas !

El Ensanche, le quartier espagnol de Tétouan
Le deuxième matin, la voisine nous lance un « Hola vecinos » (bonjour voisins). Il n’en faut pas plus pour décider d’aller rendre visite à El Ensanche, le vecino de la médina. Tout y est plus récent que la médina, mais un récent très inté-récent.


Dans un style totalement opposé aux ruelles de la médina, El Ensanche nous accueille avec de larges trottoirs, entourés d’élégants bâtiments. Ils sont certes aux couleurs blanches et vertes de Tétouan, mais d’architecture clairement transgibraltarienne : un cinéma espagnol, une bibliothèque espagnole, une caserne espagnole, un marché couvert à la mode ibérique, un institut Cervantes, et patati, et patatas bravas…




Au milieu de tout ce blanc, un bâtiment jaune se fait remarquer. C’est l’église Notre-Dame-des-Victoires. Euh… pardon : Nuestra Señora de las Victorias. L’intérieur est plus sobre, mais décoré d’arches clairement d’inspiration arabe.

Et lorsqu’après tout cela, nous tombons sur des mots de français, nous sommes complètement paumés.
Promenades et musées au sud-est de la médina
Pour retrouver notre boussole, retournons vers l’est. La Bab Okla est réputée comme la plus belle des sept portes de la médina de Tétouan.

En face, un élégant palais et son jardin du même acabit abritent le musée de l’école des arts et métiers (60 dirhams).


Nous recommandons aussi la visite pour les nombreux ateliers d’artisans, aux portes grandes ouvertes. Nous n’avons pas beaucoup pu admirer leur savoir-faire, pour cause de jour férié du 1er mai, mais leur savoir-exposer est excellent.


Enfin, mention spéciale pour l’adorable gardien qui nous bichonne : « Viens voir, viens voir » et « Vas-y prends les photos là, vas-y » !
Dans la même rue, n’hésitez surtout pas à prendre un petit déjeuner à la terrasse du Café Al Amal, sous les arbres. Le gérant Mohamed est lui aussi adorable (décidément !), et revient sans cesse nous distiller de bons conseils de visites dès qu’il a une seconde. Puis termine en nous offrant le thé (redécidément !).
Nous enchaînons avec le musée ethnographique Bab Okla (30 dirhams). L’exposition présente peu d’objets, mais des objets bien piochés, sur le thème de l’artisanat ancien. Devinez qui veille à bien tout nous expliquer ? Le gardien pardi !




Les explications sur le Mellah, c’est-à-dire le quartier juif, donnent envie d’y passer une tête. Nous le trouvons tout aussi serré que le reste de la médina, mais, surprise, organisé en angles bien droits. Comme beaucoup de commerces sont fermés, nous ne savons pas trop quoi regarder. La seule chose qui nous interpelle, ce sont de rares noms de rues juifs, la plupart ayant été remplacés par des noms de villes palestiniennes.

En ressortant des remparts, nous comptons visiter le musée d’art moderne, hébergé dans une très belle ancienne gare. Comprenez « moderne » dans le sens « art du XXe siècle », et non dans le sens art contemporain.

Hélas, cette fois, ce n’est pas le 1er mai qui nous bloque, mais une courte fermeture pour repeindre les murs.
À la place, nous prenons le temps d’admirer l’étonnante faune locale qui vit près des remparts.



De la plage de Martil à Cabo Negro
Mohamed, le gérant du café précédent, nous a expliqué sa promenade préférée. Nous décidons le lendemain de lui faire honneur. En un saut de grand taxi, nous atteignons la station balnéaire de Martil, où la basse saison bat son plein : eau glaciale, parasols bien rares et volets fermés à double tour. Même le chanteur de plage (c’est un métier au Maroc) et son pompon rotatif s’ennuient.




De là, nous partons pour une belle heure de marche le long de la Méditerranée, jusqu’au village balnéaire de Cabo Negro. Lorsque la corniche bétonnée s’arrête, nous retirons nos chaussures et marchons dans le sable.



Au bout, quelques bars de plages permettent de refaire le plein d’hydratation et d’ombre, avant le demi-tour.

Une fois de retour à Martil, vous pouvez prolonger d’un poil pour admirer son fortin (nous l’avons vu passer en taxi).
Randonnée sur le Monte Blanco
Après la plage, la montagne ! Cette fois, nous suivons les conseils d’un lecteur en partant randonner sur le Monte Blanco, ou Jbel Labyad en arabe. Merci à lui, car nous n’aurions jamais trouvé l’endroit tous seuls.
Nous tombons, surpris, sur de nombreux marcheurs qui s’élancent sur le même sentier que nous. Sauf que leur équipement ne correspond pas vraiment à celui d’une randonnée de onze kilomètres : gros sacs de provisions, énorme casserole, tambours, pics à brochette, jeu de l’oie marocain… Nous sommes dimanche, jour des pique-niques.


Dès la montée, les paysages sont grandioses et les vues partent loin.



À force de monter, nous déboulons sur le Fahss Lemhar, qui signifie plateau des jeunes chevaux. D’abord, nous ne croisons que les jeunes, sans les chevaux, avec des cris de joie et des tentes cachés derrière la plupart des buissons. Puis, nous rencontrons des vaches, des nuages bas, et enfin des chevaux, sauvages qui plus est !


Plus loin, nous obtenons notre première vue côté mer, spectaculaire. C’est ici que nous pique-pique-pique-niquons (sur un sol couvert de chardons).


Nous renonçons à la grimpette finale vers le sommet, balayé par un vent glacial, et rentrons par un autre sentier. Celui-ci nous amène vers… un énorme délire. Sur un terrain dégagé, tous les gens les plus joyeux de la région se sont donné rendez-vous : guirlandes, flûtes, tam-tams, rires, tentes, barbecues, football, danses en rond, cavalcades… Nous n’avions jamais vu cela !


La randonnée se termine… ainsi que ce voyage au Maroc. Nous n’avons pas arrêté de nous étonner d’avoir trouvé le pays si vert, mais attention, il est en train de virer au rouge !

Notre avis sur Tétouan
Le Maroc ne manque pas de villes mythiques, pleines d’artisans, de palais, de jardins et… de rabatteurs. Tétouan n’a pas tout cela, en revanche elle a un grand cœur qui a fait craquer les nôtres. Ses habitants sont hyper sociables et nous ont offert les meilleurs moments de ce séjour. N’hésitez surtout pas à engager la conversation et à distribuer votre bonne humeur, vous la recevrez en mille !
Notez que la destination semble très fréquentée par les Marocains l’été, en particulier côté plage. Mais en ce début mai, c’était encore bien paisible.

Conseils pratiques pour visiter Tétouan
Arriver à Tétouan et en repartir
Venir à Tétouan prend 1h15 de bus depuis Chefchaouen et 1h10 depuis Tanger, avec les compagnies Supratour ou CTM (la première nous a paru plus confortable).
Dormir à Tétouan
À part si vous venez avant tout pour faire bronzette près de la mer (visez Martil dans ce cas), nous vous recommandons de loger dans ou près de la médina de Tétouan. Vous serez ainsi au cœur de l’ambiance. Nous avions trouvé un bon petit riad, oups pardon un dar, qui n’est hélas plus mis en location. Notre deuxième choix était cet hôtel situé à l’entrée de la médinai. Nous ne l’avons pas testé, mais les commentaires clients semblent unanimes.
Manger et boire à Tétouan
Passez voir le très sympathique Mohamed au Café Al Amal, qui prendra certainement le temps de papoter et de donner ses meilleurs conseils. Il sert de bonnes formules de petits-déjeuners aux choix variés (miam les tartines à l’espagnole, les légumes grillés en sauce tomate ou le jus d’orange frais !), ainsi que des options au goûter.
Concernant les restaurants plus formels, pour le dîner, c’est le point qui pèche à Tétouan. Nous avons testé le restaurant le plus prisé des touristes, El Reducto, et sommes repartis très déçus. Seul point fort, le toit-terrasse au coucher du soleil :

Bref, heureusement que nous avions une cuisine (et son plat à tajine !).
Atteindre la plage de Martil
Depuis Tétouan, le départ des grands taxis vers Martil se trouve ici. Comptez 6 dirhams par personne et 20 minutes de route. Pour le retour, nous n’avons pas trouvé la « station », mais les voitures décollent presque vides et il suffit de leur faire signe sur l’artère principale, en indiquant le nombre de personnes avec les doigts.
Se rendre au Monte Blanco et randonner
Nous avons loué une voiture pour 350 dirhams la journée chez Cars Rental à Tétouan, dont le gérant est honnête et arrangeant. Le parking de départ de la randonnée se trouve ici.
Ce n’est qu’une fois arrivés que nous avons trouvé les infos sur les transports en commun qui nous manquaient. La compagnie Vitalis opère le bus n°25, qui semble partir de là toutes les 45 minutes. Puis restez jusqu’au terminus Laalaouia, orthographié El Alwia sur Google Maps. Nous avons aussi vu des grands taxis sur place, il est peut-être possible d’en partager un le week-end.
Nous avons ensuite suivi à la trace cet itinéraire Wikiloc de 11km, mais une fois sur le plateau des fêtards et des chevaux, vous pouvez bifurquer où bon vous semble.
