À la base, nous ne sommes pas venus au Vietnam pour ses plages. Seulement, dans notre projet de remonter le pays par voie terrestre, les dix-sept heures de train entre Saïgon et Hội An nous ont paru un poil longuettes. Nous avons donc cherché où couper la route et avons retenu une petite plage dans les environs de Quy Nhơn.
Pour tout vous dire, nous ne comptions pas écrire d’article dédié à cette étape en coup de vent, mais nous avons découvert une belle région qui aurait mérité un peu plus de temps !
Train de (courte) nuit
Sur le quai de Saïgon, nous réalisons étonnés que le train se partage entre la compagnie d’État et plusieurs opérateurs privés, qui louent des wagons à l’unité. Le nôtre, bien que vieillot de l’extérieur, a les murs astucieusement recouverts de grands paysages zen autocollants. Soudain, une fanfare tonitruante retentit dans les hauts-parleurs pour célébrer le départ.

Nous faisons connaissance avec nos compagnons de couchette, deux retraités vietnamiens qui s’empressent d’appeler un frère installé en France en guise d’interprète. Tout adorables soient-ils, le lendemain matin, ils décident à 5h30 que la nuit est terminée, allument la lumière pour discuter et déballer leur petit-déjeuner.

À 6h30, les annonces sonores et les vendeurs de bánh mì ou de cà phê se chargent de réveiller le reste du train. Nous avons encore un peu de mal avec les horaires vietnamiens !
Notre crique près de Quy Nhơn
Parmi les hôtels qui se dispersent le long du littoral, beaucoup ne nous intéressent pas car trop épais ou trop luxueux. D’autres ont été méchamment abîmés par un typhon survenu quelques mois plus tôt, un phénomène récurrent au Vietman, mais rarement aussi destructeur.
C’est chez Life’s a Beachi que nous posons nos sacs, un ensemble de cabanes et de bungalows accrochés au-dessus d’une crique verte, sauvage et déchiquetée. Pour simplifier nous avons écrit « près de Quy Nhơn », mais techniquement, nous sommes deux kilomètres après une frontière invisible, dans la nouvelle province de Đắk Lắk et dans l’ancien district de Sông Cầu. Voilà pour l’administratif, passons aux loisirs !

Enfin… essayons. Nous sommes accueillis par des nuages bien gonflés, qui finissent par se percer. Nous voilà assignés à bungalow pour la journée. Doublement hélas, nous apprenons que la plage, même entre deux rincées, est rendue inutilisable la moitié de l’année par les vagues. Mais quelle vue depuis notre balcon !

À la tombée du jour, de drôles de constellations s’illuminent sur l’eau : les pièges à calamars.

Tour de la lagune Đầm Cù Mông : pêcheurs par-ci, pêcheurs par-là
Le lendemain, le soleil ressort et nous de même. Direction le sud, sur un petit scooter. Merci à Brice, comme d’habitude, d’être passé avant nous pour nous montrer que la région était digne d’intérêt !

Presque partout dans le monde, une barque possède un avant et un arrière. Pas ici. Sur la plage de Xuân Hải, nous tombons sur des centaines de bateaux-paniers parfaitement ronds. Allez comprendre…




Les scènes sont dépaysantes, typiques, photogéniques… mais… la plage est jonchée de poissons morts et de détritus. Vérifiez que votre cœur est bien accroché avant d’approcher.
Nous nous aérons les narines en poursuivant vers le sud, au hasard des routes de traverse. Certaines sont agréables, bordées de maisons ouvertes sur l’extérieur et parsemées d’un nombre étonnant de salons de beauté par habitant.

D’autres nous approchent des eaux de la lagune Đầm Cù Mông, une étendue d’eau bourrée de piscicultures, homaricultures, crevetticultures et autres chépaquacultures.


Et lorsque nous apercevons des bateaux de pêche, ils sortent d’un salon de beauté, colorés jusqu’au bout des ongles.

Dans cette région, les belles plages existent, mais sont rarement accessibles à cause de complexes hôteliers un peu trop gourmands. Nous en dénichons une qui fait exception par ici, cependant un chantier semble s’installer. Prévenez-nous si elle passe elle aussi du côté obscur de la privatisation.


Fini de descendre. Nous traversons la lagune et repartons plein nord par cette digue, au milieu de… devinez quoi ? Eh oui, de nouvelles piscicultures, par bancs entiers.
Et maintenant, direction la ville !
(Quelle tuile, ce typhon…)
Quy Nhơn : plage, pagodes et tours chams
Nous imaginions Quy Nhơn en modeste bourgade de province et tombons sur… un bosquet de tours récentes. Et à en juger par le nombre de grues, il n’a pas fini de pousser.

À l’entrée de la ville, nous tentons un arrêt à la plage de la Reine, nommée en hommage à la dernière impératrice du Vietnam, qui l’affectionnait. Mais Sa Majesté ne veut pas nous recevoir, l’accès est fermé pour quelques jours de travaux. Nous devons nous contenter de la plage des roturiers. Rassurez-vous, elle n’est pas mal non plus : immense, impeccablement propre et…

… vide. Les Vietnamiens, pas fous, fuient le soleil aux heures chaudes. Seule une poignée d’Occidentaux reste sur le gril.

En guise de premier arrêt, nous passons une tête dans la pagode de Long Khánh, réputée la plus ancienne de la région, mais probablement plusieurs fois reconstruite. Dans sa version actuelle, elle possède notamment une tour à treize toits empilés, un bouddha vert pâle géant, une collection de bonsaïs et de beaux lampions rouges en prévision de Tết. Les vieilles dames viennent prier à vélo, tandis que les jeunes viennent prier… pour la réussite de leur séance photo.




Une deuxième pagode nous intéresse, Chùa Minh Tịnh, même si elle est un cran en dessous : sa tour n’empile que neuf toits. Un bouddha géant traîne ici aussi ses tongs dans le jardin, entouré d’une ribambelle de bâtiments bien coiffés.




Pour finir, nous remontons le temps jusqu’aux Tháp Đôi, deux surprenantes tours en briquettes rouges (30 000 dongs l’entrée). Elles datent de l’époque d’un royaume disparu, puissant et raffiné, appelé Champā, dont la capitale se situait trente kilomètres plus au nord. Il a laissé en héritage des dizaines de tours semblables dans tout le centre du Vietnam.

Voilà pour ce rapide tour de Quy Nhơn !
Notre avis sur la région de Quy Nhơn
La ville de Quy Nhơn en elle-même n’a pas un charme fou. Mais la rapide visite de ses monuments ainsi que notre escapade le long de la côte de Sông Cầu à scooter nous ont bien plu. Si vous trouvez un logement à votre goût près de la mer, la région est une alternative tranquille aux grosses stations balnéaires (Nha Trang, Ðà Nẵng…), que nous avons évitées suite à de mauvais échos. Nous reviendrions volontiers à la belle saison, avec maillots et tubas !

Conseils pratiques pour visiter Quy Nhơn et ses environs
Venir depuis Saïgon
Nous avons réservé notre train de nuit depuis la France via le site Vexere, et nous vous conseillons de le faire le plus tôt possible, car même si plusieurs trains partent chaque soir, ils peuvent être rapidement complets. Comptez 68€ pour deux couchettes dans une cabine de quatre et environ 11 heures de trajet. Quy Nhơn possède une gare, mais sur un embranchement rarement desservi. Visez plutôt la gare de Diêu Trì, sur la ligne principale.
Ensuite, c’est avec un taxi Grab que nous avons rejoint notre hôtel, à 35 minutes de Diêu Trì.
Hôtel sur la côte
Nous avons opté pour un hôtel loin de la ville, Life’s a Beachi, avec quelques appréhensions car les propriétaires mettent en avant leur bar, la musique et la fête. Sur place, nous avons vite été rassurés. L’endroit convient à tous les profils et à tous les âges. Son gros point fort est évidemment le cadre : les logements sont éparpillés en terrasse au-dessus d’une crique calme et sauvage.

Préférez les bungalows en dur, qui ont leur salle de bain privée. Sinon, pour les budgets serrés, il existe des tentes et des dortoirs. Côté table, les petits déjeuners sont bons, les snacks du reste de la journée sont moins convaincants.
L’autre hic, c’est que c’est loin de tout. Vous pouvez trouver des Grab de la ville vers l’hôtel, mais pas dans l’autre sens. Vous devez alors commander un taxi un peu plus cher à la réception (200 000 dongs pour 35 minutes). La location d’un scooter auprès de l’hôtel (200 000 dongs les 24h) s’est avérée bien pratique pour nos besoins.
Manger à Quy Nhơn
En ville, nous avons testé le restaurant OM vegan. L’accueil est sympa, la carte est inventive, mais nous avons été un peu déçus du résultat dans l’assiette. Nous recommandons surtout le phở et les cafés, très réussis.
Nous avons visité la région de Quy Nhơn au Vietnam en janvier 2026.
