Savez-vous ce qui est le plus difficile, dans l’écriture d’un blog voyage ? C’est de ne pas vous ennuyer, chers lecteurs ! L’exercice est d’autant plus périlleux que nous comptons aujourd’hui vous parler d’une destination méconnue du Vietnam, perdue au fin fond du delta du Mékong : Châu Đốc, dans la province d’An Giang.
Afin d’évaluer objectivement notre succès à vous divertir, et puisque c’est la mode des questionnaires de satisfaction, nous avons investi dans un système de sondages relié aux serveurs de la NASA, reconfigurés pour l’occasion. Commençons par une question simple :
Sondage : Est-ce que vous êtes chaaaaaauds (Đốc) ???


Avant d’aller plus loin, un petit aiguillage s’impose. Nous avons consacré un autre article à nos deux premières étapes dans le delta du Mékong : Vĩnh Long et Cần Thơ. Ces deux villes sont situées à seulement 3h de bus de Saïgon. Châu Đốc, quant à elle, est partie s’installer à 6h de distance, le plus loin possible avant la frontière cambodgienne. Il faut donc être un voyageur deux fois plus motivé pour s’y aventurer.

Si vous vous lancez, vous serez récompensés par un Vietnam hors des sentiers battus avec :
- des scènes de vie à tous les coins de rue, et même entre deux coins,

- des escapades sans stress à dos de scooter,

- des mosquées de l’ethnie Cham et des pagodes de l’ethnie Khmère.

- et même une montagne bouddhiste sacrée :

Visiter Châu Đốc, de l’aube aux lampions
Vu le maigre choix d’adresses dans la région, et après moultes tergiversations, nous avons craqué pour notre logement le plus cher de tout le Vietnam. Mais à l’arrivée, ouaaaah, la vue de la chambre fait fondre nos cœurs et nos derniers remords. Nous voilà installés pour quatre jours à l’hôtel Victoria Châu Đốci, pile en face de la confluence d’une grosse rivière et d’un bras du Mékong.

Le premier matin, au point du jour, un pêcheur en pirogue s’approche et lance un magnifique filet, à l’ancienne. Nous sommes ravis.

Le deuxième matin, nous sourcillons. Au troisième jour… euh… où est-il ce « Vietnam hors des sentiers battus » vendu en début d’article ? Et ce n’est pas tout, nous remarquons qu’avant 7h, chaque matin, notre hôtel se déverse par groupes entiers dans d’autres bateaux, suivis par leurs valises, cap sur le Cambodge. Puis il refait le plein de nouvelles têtes vers 17h.
Petit déjeuner avec vue et buffet de fruits exotiques
Et le reste de la journée, que se passe-t-il ? Côté fleuve, le pêcheur range son déguisement, puis des pénichiers vont et viennent lentement, en gouvernant avec leurs pieds, au sens premier du terme. Côté ville, nous sommes quasiment les seuls touristes et… eh bien venez, nous vous emmenons découvrir !
Sondage : Comment est le niveau suspense ?


Notre premier arrêt est le marché de Châu Đốc, sous un grand bâtiment sombre. Sauf qu’à 8h du matin, l’essentiel de l’animation a déjà plié bagage. Nous errons dans des allées vides de clients, entre les stands de petits déjeuners qui rangent la vaisselle…

… et les marchands de bébêtes plus ou moins vivantes, que nous préférons regarder à distance. Ou ne pas regarder du tout.

Notre section préférée se situe au bout du marché, où des femmes vendent les nouilles fraîches à pleines poignées.
Quel appétit !
L’animation n’est pas partie très loin, nous la retrouvons juste en face, dans une série de rues pleines de boutiques, traversées par un ballet de livreurs en tout genre.





Gare cependant aux narines, Châu Đốc s’est fait une spécialité du poisson séché et, pire encore, du poisson fermenté, le mắm. Miam !


Pour reposer nos narines, direction la promenade au bord de l’eau, aménagée et bougainvillée.

Un volant à plumes déboule de nulle part et repart dans l’autre sens d’un coup de pied bien senti. Nous croisons nos premiers adeptes de plumfoot, une sorte de badminton au pied. Les Vietnamiens sont premiers du classement mondial depuis 1999 !

Puis c’est une méditation en groupe qui nous interloque, à peine dérangée par les sportifs sur machines, les anciens qui se tapotent le corps pour faire circuler l’énergie, les enfants en voiturettes électriques et les stands de street food qui déploient leurs tabourets autour.


Sans parler des marchands ambulants qui sous-traitent leurs cordes vocales à un haut-parleur en boucle : Bánh Bao… Bánh Bao Đây… Bánh Bao… Bánh Bao Đây… (Brioches vapeur, ici des brioches vapeur !)

Notre nouveau passe-temps favori est la chasse photo au scooter surchargé. Pour le moment, notre record est une famille de deux adultes et trois enfants sur deux roues, mais nous comptons bien le battre d’ici la fin du séjour. Impossible n’est pas vietnamien.




Attendez, nous tombons sur quelque chose d’encore plus acrobatique : des jeunes rebondissent de poteau en poteau devant un temple, sûrement en répétition pour le nouvel an. Voici une vidéo trouvée sur YouTube de cette étonnante discipline, avec le déguisement qui va bien :
À défaut d’une promenade en bateau, nous trouvons en fin de journée un restaurant sur la berge, en compagnie de mille pilotis et d’une douzaine de moustiques.

L’animation ne faiblit pas avec la nuit. Nous assistons maintenant à des cours de taekwondo en plein air, à un mariage qui réquisitionne une rue et même à la fête des employés d’une banque, qui dînent sous une sono assourdissante. Rassurez-vous, il existe des coins plus calmes.

À Châu Đốc, soyez prêts à dégainer vos plus beaux Hello, car un enfant sur trois s’écrie en nous voyant. Les adultes se retiennent, mais un xin chào suffit à faire surgir le sourire.


Le Mont Sam, de temple en temple jusqu’au coucher du soleil
Le lendemain, nous adoptons un scooter et slalomons droit vers une protubérance située à six kilomètres à peine de Châu Đốc. Núi Sam pourrait être traduit par Mont Sam et recevoir le surnom de « la Lourdes du Mékong ». Le miracle tient ici à la découverte d’une statue de la Déesse Mère au sommet, même si les historiens soupçonnent un Vishnu oublié par une civilisation antérieure.
Au pied de la colline, un premier temple nommé Tây An se pare de belles couleurs, de statues et de dômes en forme de bulbes. Nous nous demandons s’il ne s’agit pas d’un temple hindouiste (vishnouiste ?). Pas du tout, ce sont bien des Bouddhas qui l’habitent.

Le temple le plus important aux yeux des Vietnamiens est le suivant : le Bà Chúa Xứ, alias Lady Temple. Plus strict, plus carré et plus moderne, il abrite la puissante statue, habillée et maquillée, que les gens viennent prier ou remercier sur les questions de porte-monnaie ou d’affaires.
La statue est un peu cachée : il faut contourner le bâtiment pour trouver l’entrée de la salle principale
Impossible de louper le monument suivant, même s’il n’a pas fini de sortir de roche. Une fois achevé, il devrait endosser le titre de plus grand Bouddha taillé dans la roche du monde.


Arrive ensuite Phước Điền, notre étape préférée. Un escalier fleuri, une pagode, un autre escalier, encore un temple, re des marches…




Après cinq ou sept superbes pagodes, désolés nous avons perdu le compte, et des dizaines de Vietnamiennes en pleine séance photo, nous atteignons un rocher entaillé de nouveaux Bouddhas, qui décidément se plaisent dans la pierre locale.



Nous retrouvons notre scooter pour grimper tout en haut, direction le Victoria Núi Sam Lodgei, qui appartient à la même entreprise que notre hôtel au bord du fleuve. Nous avons réservé une table pour le dîner, mais vous pouvez juste passer boire un verre. Surtout qu’il ne semble pas y avoir d’autre point de vue ouvert au public sur le Mont Sam.

Le soleil finit par descendre, tout rose, sur un milliard de futurs grains de riz.


Trà Sư Cajuput, une forêt les pieds dans l’eau
Notre scooter ayant pris goût aux escapades dans la campagne, nous repartons le jour suivant en direction de la forêt de Trà Sư Cajuput, via des routes de traverse et des bords de canaux. En chemin, des maisons sur pilotis, des familles qui nous saluent, des rizières, bien sûr, et un nombre impressionnant de jacquiers.




Nous zieutons partout dans l’espoir d’apercevoir un buffle : rien de rien, l’animal symbole des rizières vietnamiennes est parti faire de la mozzarella en Italie.



Lorsque la forêt de Trà Sư Cajuput apparaît (120 000 dongs par personne), nous sommes accueillis par des tonnes de fleurs en pot, de jolies cabanes où prendre le thé, des bassins de lotus, des pigeonniers, des balançoires, des locations d’habits traditionnels et… euh… excusez-nous… vous avez encore des arbres dans cette forêt ?


Nous trouvons les arbres, des cajeputiers, un peu plus loin. Mais difficile de s’y balader, ils sont dans l’eau ! Nous avons le choix entre un tour en bateau à moteur ou à pagaie (70 000 dongs chacun) et partons sur le second en compagnie d’un batelier. Il a l’œil et freine régulièrement pour nous montrer des oiseaux, parfois bien cachés.



Bref, la visite de la forêt est un peu légère, à réserver aux voyageurs à qui il reste du temps après le tour des temples du Mont Sam.
Sondage : Pour continuer, prouvez que vous n’êtes pas un robot. Combien font 79 592 × 14 471 ?


Nous comptions enchaîner avec la colline Núi Cấm. Rien à voir avec la précédente (Núi Sam), ni avec la tisane (nuit calme). Cấm signifie « interdite », et une barrière nous le prouve. Pour atteindre le sommet, son lac, ses pagodes et ses statues de Bouddha, il faut emprunter un téléphérique pour la modique somme de 370 000 dongs par tête, qui dong dans nos têtes. Demi-tour.
En parlant de pagodes, nous passons devant plusieurs temples plus dorés que d’habitude, plus pointus, plus fins, plus… khmers, résultat d’une forte présence de cette ethnie près de la frontière cambodgienne.


Nous nous arrêtons pour les visiter, mais sans oser pousser les portes des bâtiments. Passez une tête derrière celui situé ici pour admirer des palmiers à sucre, chers à la culture khmère.


Nous terminons l’escapade du jour en poussant la porte d’un café peuplé d’adolescents, abasourdis par l’irruption de deux étrangers. Ils se concertent longuement, chuchotent, gloussent, puis s’élancent : « You’re so cute ! ». Oh c’est gentil ça !

Le village Cham de Châu Phong
Cham-gement d’ambiance ! Sur les bons conseils de Brice (si vous ne connaissez pas son blog, c’est une référence sur le Vietnam), nous traversons le fleuve pour flâner dans le village cham de Châu Phong. Si vous n’avez pas de scooter, un bac fait la traversée.

Plusieurs « familles » de Chams existent au Vietnam et celle-ci est musulmane, une rareté dans ce pays qui compte moins de 0,1% d’adeptes. La taille de la mosquée principale, la Jamiul Azhar, nous confirme qu’ici le pourcentage grimpe en flèche (de minaret).

Juste en face de la mosquée, une belle épicerie nous montre son âge quasi centenaire. À bien y regarder, de nombreuses maisons aussi vieilles, en bois sombre et en tuiles, sur pilotis, se cachent dans le quartier, mais hélas en bien mauvais état. Voici un sacré patrimoine en péril. Ou plutôt un matrimoine, le peuple cham étant traditionnellement matrilinéaire.



Rien de précis à faire dans le village, si ce n’est flâner au hasard. Les habitants sont particulièrement sympas, et nos salam aleykoum reçoivent une réponse du tac au tac.




Tac tac, c’est aussi le bruit qui domine par ici. Le village de Châu Phong est réputé pour son tissage traditionnel. Pour voir les femmes à l’ouvrage, longez la rivière Châu, car les ateliers ont l’habitude de recevoir des touristes par bateau.


Enfin, pour les estomacs creux, des femmes préparent devant chez elles des petits gâteaux-crêpes au sésame.


Oh, des Chams à l’eau !
Sondage : Êtes-vous toujours là ?


Tân Châu, une dernière vadrouille
Nous enchaînons avec Tân Châu, une bourgade un poil plus grosse que Châu Đốc, et encore moins touristique. L’occasion de revoir en chemin des canaux, des scènes de campagne, une flopée de vieilles maisons en bois, mais toujours pas le mufle d’un buffle.



À Tân Châu, nous commençons par jeter un œil au marché principal.

Les gens se demandent ce que nous faisons là, et à vrai dire nous aussi ! Toutefois les commerçants ont le contact facile et le courant passe, au point que l’on nous tend des tabourets pour un brin de causette entre les mangues et les concombres.





Un peu plus loin, oh ! Un scooter vendeur de poissons de compagnie !

À part discuter avec nos trois mots de vietnamien au marché et faire quatre pas le long du Mékong, nous sommes vite à court de découvertes.



Nous finissons assis dans les minis transats d’un café branché, oui ça existe ici, à regarder passer les péniches. Bref, la promenade n’était pas désagréable, mais si nous ne devions garder qu’un arrêt de cette journée, ce serait le village cham.

Sondage : C’est presque fini ! Comment avez-vous trouvé la lecture ?


Notre avis sur Châu Đốc
Perdue dans un coin du Vietnam, avec moins de jungle, plus de rizières et d’autres influences culturelles, Châu Đốc nous offre une facette du Mékong bien différente de celle découverte à Vĩnh Long et Cần Thơ. Ce n’est clairement pas une étape incontournable au Vietnam, mais nous la recommandons Châudement aux voyageurs peu pressés, qui aiment farfouiller hors des circuits touristiques. Avec à la clé de jolis temples, des habitants adorables et de quoi aller se perdre à scooter des jours durant.

Conseils pratiques pour visiter Châu Đốc
Trajet de Cần Thơ à Châu Đốc
La compagnie de bus Futa est réputée l’une des meilleures du Vietnam, efficace et bien organisée. Nous avons réservé sur le site Vexere (130 000 dongs par personne, environ 3h30). À l’arrivée à Châu Đốc, une navette nous a déposés à notre hôtel sans supplément. C’est juste étrange de voyager presque allongés en plein jour (les sièges se relèvent à peine).
Retour à Saïgon depuis Châu Đốc
Nous avons également choisi Futa pour le retour vers Saïgon, un trajet de 6h pour 210 000 dongs par personne, avec de nombreux départs par jour. Quitte à être allongés, nous aurions peut-être dû faire le trajet de nuit ! La gare routière d’arrivée est loin du centre, mais une navette gratuite peut vous déposer à plusieurs points de la ville.
Où dormir à Châu Đốc
Le choix d’hôtels à Châu Đốc est limité. Trois principales options s’offrent à vous.
La première est notre Victoria Châu Đốci, un grand hôtel au charme vieillissant, au bord du fleuve, avec des chambres confortables, un personnel prévenant et… ce cadre !

Attention, son prix est élevé pour le Vietnam. Surtout que les chambres les moins chères, côté rue, sont réputées bruyantes. Parmi les avantages, il y a le superbe buffet du petit déjeuner, avec plein de choix sucrés, salés et exotiques (hmmmm… les fruits de la passion illimités !). Et des transats pour digérer le reste de la journée.
La deuxième option, qui semble appréciée, est le Victoria Núi Sam Lodgei, celui où nous avons dîné au sommet du Mont Sam. D’après ce que nous avons aperçu, vous êtes entourés de nature, sans problème de bruit. En revanche, vous êtes un peu coincés en haut de votre colline, sauf si vous avez un moyen de transport ou prenez leurs excursions. Donc pour une ou deux nuits, préférez le Victoria Châu Đốc, et pour vous reposer plus longtemps, celui-ci.
La troisième option, beaucoup moins onéreuse, est le Paris Hoteli, à 5 min à pied du Victoria Châu Đốc. Ce n’est pas le luxe, mais il semble faire l’affaire si vous n’êtes pas trop sensibles au bruit.
Explorer les environs de Châu Đốc
Nous avons loué un scooter auprès de notre hôtel, qui sous-traite à une petite entreprise. Comptez 150 000 dongs par 24h, casques fournis et livraison à l’hôtel. Si le scooter ne vous tente pas, les hôtels se feront un plaisir de vous organiser des excursions (le nôtre avait tout un catalogue), mais elles sont souvent chères dans le delta du Mékong. Les tours en bateau, par exemple, sont proposés à 40€ par personne. Ce doit être moins cher en direct auprès des femmes qui alpaguent près du fleuve. Nous venions de faire une sortie bateau à Cần Thơ, donc nous avons zappé celle-ci.
Manger à Châu Đốc
- Bồ Đề Tâm, notre préféré, est un resto très simple et bon marché, au bord de l’eau, qui sert notamment des crêpes bánh xèo et de bonnes aubergines. Prévoyez de l’antimoustique, car les moustiques s’y régalent aussi.
- Hero, tout près de l’hôtel, est un restaurant-café végétarien tout neuf, avec un bon pad thaï pour changer de la cuisine vietnamienne et un déééélicieux jus passion-ananas.
- Quán Chay Hoa An, un restaurant végétarien prisé des locaux (presque plein le samedi soir), est spécialisé en hot pots, mais propose beaucoup d’autres plats. Notre préféré est le bún, absent de la mini carte traduite en anglais, mais trouvable sur la plus longue carte en vietnamien. Nous avons dîné à deux pour le prix imbattable de 75 000 dongs.
- Il y a aussi, nous l’évoquions plus haut, le fameux Victoria Núi Sam, en haut de la colline. Il vaut particulièrement le coup au coucher du soleil, à condition de ne pas craindre de rentrer de nuit (ou de prendre un taxi). Les prix sont un poil élevés et les cocktails décevants, en revanche la cuisine est bonne. Pensez à réserver.

Boire
- Pour un bon café, Rustrial Coffee Hub est l’adresse branchée (et climatisée) du coin. Autour de nous, des adolescentes se prennent en photo ou répètent des chorégraphies TikTok, mais nous commençons à nous habituer.
- Et puis, même si vous n’y dormez pas, vous pouvez passer prendre un verre sur la terrasse de notre hôtel Victoria pour vous reposer des rues bruyantes. Évitez juste les snacks, pas à la hauteur.
Sondage : Non mais c’est fini maintenant, au revoir !


